«Gilmore Girls», la série qui vous fait oublier à quel point le monde est merdique

Allumez la télé en ce moment et voici ce que vous trouverez: guerre, populisme, terrorisme, racisme, homophobie. Il fait froid, les journées sont de plus en plus courtes, le spleen saisonnier débarque, et le monde part en sucette. En comparaison, Gilmore Girls, qui a fait son grand retour sur Netflix ce 25 novembre avec une saison inédite, relève presque de la science-fiction.

Si vous l’aviez ratée lors de sa diffusion dans les années 2000, Gilmore Girls, créée par Amy Sherman-Palladino, est une série centrée sur la relation fusionnelle et les déboires amoureux, familiaux et professionnels d’une mère célibataire et de sa fille. Elles sont toutes les deux vives d’esprit et hautes en couleurs. Elles sont féministes. Elles s’appellent toutes les deux Lorelai (mais la fille est surnommée Rory), parce que la mère ne voyait pas pourquoi seuls les hommes auraient le droit d’appeler leur fils pareil qu’eux.

Surtout, Gilmore Girls est l’équivalent télévisuel du vieux canapé de votre enfance: un peu moche mais moelleux, chaleureux et rassurant. Une utopie où le terrorisme et les maux de notre monde n’existent pas. C’est une capsule douillette et hors du temps, qu’aucune série actuelle ne peut égaler.

Certes, le paysage télévisuel actuel est plus riche que jamais, et le nombre d’excellentes séries que vous n’avez pas le temps de regarder ne cesse d’augmenter. Mais difficile de mater une de ces séries sans tomber sur des morts sanglantes, meurtres, terroristes, complots, espionnage, questions sociales, questionnements existentiels… Même les comédies sont tristes de nos jours. Gilmore Girls est le parfait antidote à tout cela.

Gilmore Girls est un véritable cocon d’insouciance et de réconfort, un endroit hautement fictif et hors du temps, dans lequel les problèmes se règlent toujours facilement, et où 65% de l’intrigue sont constitués de soirées pizza devant la télé. Une sorte de machine à remonter le temps nostalgique, qui nous renvoie à la période bénie et si simple des années 2000, celle où l’on faisait encore des soirées DVD (loués au vidéo-club, évidemment), où l’on ne passait pas son temps sur Twitter mais à papoter au téléphone (fixe, bien-sûr) avec nos amis, et où l’on écrivait encore nos devoirs à la main.

Les femmes Gilmore ont beau vivre dans une ville américaine, tout dans leur vie vous sera familier: les objets un peu moches mais si ordinaires qui encombrent leur maison sont les mêmes que l’on trouve chez vos parents, et les vêtements un peu moches que portent les héroïnes, on les a TOUTES portés à l’époque.

C’est aussi sans doute la série la plus dénuée d’enjeux de l’histoire des séries. Dans Gilmore Girls, les pires problèmes auxquels les personnages font face sont l’organisation chaotique du carnaval d’hiver, la pénurie de café au diner du coin, ou la mauvaise note de Rory parce qu’elle était en retard à un examen.

Même si elle a été diffusée entre 2000 et 2007, c’est une série qui, dans son atmosphère, est résolument pré-11-Septembre. Elle appartient à une époque où le terrorisme n’était qu’une notion distante pour la plupart des gens, et où le recyclage, les iPhones, Twitter et les vegans n’existaient pas. Ce n’est sans doute pas un hasard si la série, qui avait failli être annulée lors de sa première saison, a soudainement cartonné lors de la deuxième, diffusée à partir d’octobre 2001. Son aspect inoffensif et réconfortant, ses personnages américains excentriques mais fondamentalement bons, étaient exactement ce dont le pays avait besoin après avoir vécu une des plus grandes catastrophes de son Histoire.

Replonger dans cette série aujourd’hui, c’est plonger dans un monde de quasi-science fiction, où personne ne parle d’insécurité, de racisme, ou de violence. À Stars Hollow, où se déroule la série, tout le monde laisse sa porte ouverte et ses lumières allumées. Tout est à 5 minutes à pied. Tout le monde se connaît. Les seules infos que les gens regardent sont dans la newsletter du lycée de Rory. Quand le chat de la voisine meurt, on organise une veillée mortuaire en son honneur. Cette série est tellement idyllique que certains pensent que Stars Hollow se situe en fait dans une réalité alternative.

Même les décors sont inoffensifs: la série est censée se dérouler dans une petite ville de l’Est des Etats-Unis et son climat atlantique, mais elle est en réalité tournée dans des studios à Los Angeles. L’hiver de Stars Hollow n’est jamais vraiment froid, boueux ou sombre, il est fait de fausse neige et de fins manteaux, élégant et rassurant. Ah, et c’est sans doute la seule ville de l’est des États-Unis où il ne pleut jamais.

Bien-sûr, ce caractère désuet a ses limites: à part Lane, la meilleure amie de Rory d’origine coréenne, et Michel, le collègue français et noir de Lorelai, la série est loin d’être un modèle de diversité. Sans parler du personnage très stéréotypé de la mère de Lane, Mme Kim, une Coréenne extrêmement conservatrice qui pense que le rock est la musique du diable et refuse que sa fille fréquente des garçons. Son personnage deviendra légèrement plus nuancé au fil des saisons, mais c’est sans doute l’aspect de la série qui a le plus mal vieilli. Si le racisme n’est pas une problématique traitée dans la série, c’est au fond… parce que celle-ci est très blanche. Avec un peu de chance, les nouveaux épisodes corrigeront les problèmes que la série a pu avoir.

À part les histoires de ruptures et de mauvaises notes, le seul vrai conflit de la série est un conflit de classe. Dans le pilote, Rory est acceptée à Chilton, une école privée prestigieuse, que Lorelai, sa mère, ne peut pas lui payer. Heureusement, les parents de Lorelai sont extrêmement riches (on le sait entre autres parce qu’ils ont des domestiques) et acceptent de payer les études de Rory en contrepartie d’un dîner en famille, tous les vendredis soirs. Au final, les Gilmore Girls n’ont jamais vraiment de problèmes d’argent. Certes, elles font partie de la classe moyenne, et Lorelai a construit sa vie confortable toute seule en démarrant comme femme de chambre à 16 ans. Mais à plusieurs reprises dans la série, grands-parents, petits-amis ou parents pleins aux as des deux jeunes femmes leur permettent de ne jamais vraiment s’inquiéter pour leur avenir financier. Pratique.

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